Portrait
26/01/2026
Adapter son exploitation et s’engager après le handicap
Vincent Bertrand est un battant, la preuve vivante que tout est possible. Électrisé en 2009 puis amputé des deux jambes, cet Ardennais est animé d’une d.termination sans faille. Il continue d’exercer son métier d’agriculteur, est activement impliqué dans de nombreuses instances et pratique le sport avec passion.
Après l’accident, il ne s’agit plus seulement de se reconstruire, mais aussi de repenser entièrement son activité agricole pour pouvoir continuer à exercer son métier.


Quelle organisation autour de l’élevage…
En arrêt de travail jusqu’en février 2012, j’ai embauché un second salarié. Entre-temps, j’ai enseigné la zootechnie et les productions végétales au lycée agricole de Rethel. J’aimais ce métier, mais la charge de travail devenait trop lourde à gérer. J’ai alors décidé d’arrêter l’élevage définitivement en juillet 2014.
J’ai cherché un repreneur adapté. Mon exploitation a été partiellement cédée pour 42 hectares de foncier. J’ai aussi signé une rupture conventionnelle avec mes deux salariés.
…et des grandes cultures ?
J’ai continué à faire évoluer mon exploitation pour l’adapter à ma nouvelle condition physique. J’ai relabouré 25 hectares de prairies, défriché des haies et drainé certaines parcelles humides. J’ai pu obtenir des subventions pour investir dans un tracteur à variation continue, plus facile à manoeuvrer avec les mains. Je l’ai équipé d’une caméra arrière pour me retourner le moins possible, et d’un GPS pour limiter la fatigue au travail. J’ai fait rallonger les marchepieds avec une marche supplémentaire et un appui trois-points pour plus de stabilité et descendre en marche arrière, en toute sécurité. J’ai également installé un tapis dans la cabine du tracteur pour absorber l’humidité et éviter les risques de glissades.
J’ai investi dans un pulvérisateur avec un système de remplissage à hauteur d’homme et une gestion des réglages directement depuis la cabine. Je me suis équipé d’une benne de grande capacité pour limiter les trajets de livraison. Enfin, j’ai investi dans un combiné de semis avec une passerelle sécurisante et tout à hauteur d’homme pour peser et calibrer le grain.
Arnaud, le commercial de ma concession, Groupe David, mais aussi le service santé-sécurité au travail de la MSA, ont toujours été à l’écoute et attentifs à mes besoins. C’est important d’être bien accompagné pour adapter son outil de travail.
Avez-vous reconfiguré l’exploitation ?
J’ai tout réorganisé. J’ai bétonné une aire de remplissage pour le pulvérisateur que j’ai installé près de la poche à engrais liquide et du local phytosanitaire afin de tout centraliser. Pour les charges lourdes, j’utilise un diable. Je m’organise et adopte quelques petites astuces pour me faciliter la tâche et gagner en autonomie. Je pratique davantage le non-labour pour passer moins de temps au travail. Pour certains travaux, je peux compter sur l’entraide entre voisins : nous nous rendons mutuellement service, en toute confiance. Je suis serein.
En dehors de l’exploitation, êtes-vous engagé dans d’autres activités ?
Pour m’évader et vivre d’autres choses, je suis impliqué dans différentes instances. Je suis président de la Cuma, administrateur à la MSA Marne-Ardennes-Meuse, président du comité départemental de la MSA, administrateur de la caisse locale du Crédit Agricole, délégué au Cerfrance et aussi maire de ma commune.
Je suis aussi très investi dans le domaine du sport. Je suis élu au comité départemental handisport des Ardennes. Je m’engage activement pour promouvoir l’inclusion. Je pratique le basket fauteuil au sein de l’équipe du club masculin de l’étoile de Charleville-Mézières. J’ai découvert un sport physique, tactique et très convivial. Cette année, j’ai réalisé la course Sedan-Charleville en fauteuil. Plus qu’un défi personnel, c’était un moyen fort de faire exister le handicap dans l’événement, et de prouver que c’est possible.

Quel message souhaitez-vous passer ?
Si j’étais resté dans la machine, il ne se serait rien passé : j’étais en sécurité. La brûlure électrique est très grave, elle ne se stabilise qu’au bout de trois semaines à un mois.
J’ai dû faire le deuil de mon corps. Je me souviens des mots d’une infirmière : « Vous verrez, un jour vous direz merci à votre accident. » Elle avait raison. Je n’en ai pris conscience que quelques années plus tard.
J’ai eu la chance de m’en sortir, et cette épreuve m’a ouvert à d’autres horizons et au sport. Aujourd’hui, je souhaite que mon histoire serve aux autres et sensibilise le monde agricole à la sécurité au travail, à l’importance de l’information et à la formation. Il ne faut pas négliger la réglementation : parfois, elle protège vraiment. C’est devenu mon cheval de bataille.
Pour comprendre l’origine de ce parcours hors norme, revenir sur l’accident et le combat personnel de Vincent Bertrand, la première partie de son témoignage est à découvrir dans l’article précédent.