Portrait
23/10/2026
UNE FERME QUI MISE SUR TOUTES LES ÉNERGIES
Sur chacun des ateliers, les trois associés des moulins de Kerollet cherchent à optimiser leurs charges, à gagner en autonomie et à améliorer leurs ressources afin d’assurer une sécurité financière en diversifiant les risques économiques. La méthanisation a notamment permis de développer l’élevage grâce à la récupération de la chaleur des moteurs, utilisée pour le séchage des fourrages et améliorer ainsi leur qualité, mais aussi pour sécher des plaquettes de bois destinées à la laiterie du secteur.
Quant aux panneaux photovoltaïques installés sur l’ensemble des bâtiments, leur mise en place s’est imposée comme une évidence. Ils contribuent à diversifier les revenus, avec une production annuelle de 850 kWc.
« Entre chacune de nos activités, nous cherchons à être le plus vertueux possible et à gagner en autonomie », souligne l’un des associés, Ludovic Jarligant.

Optimiser le temps en déléguant certains travaux
Fidèle à la marque Case IH depuis une vingtaine d’années, la ferme des moulins de Kerollet mutualise une partie de ses équipements d’élevage via la Cuma, et dispose de son propre parc de tracteurs : deux Optum (340 et 300), un Puma 165, ainsi que d’anciens modèles (1135 et 5140) utilisés comme « valets de ferme ».
L’exploitation a la particularité de louer ses tracteurs les plus récents, renouvelés tous les trois à cinq ans. « Cela présente plusieurs avantages : nous avons à disposition du matériel récent, des garanties, un remplacement en cas de panne ainsi qu’une meilleure maîtrise de nos coûts horaires que nous pouvons plus facilement répartir entre les ate liers », explique Ludovic Jarligant. Les associés mobilisent ces tracteurs de forte puissance pour tracter du matériel lourd type déchaumeur ou décompacteur de 4 à 6 m, ou encore une tonne à lisier de 24 000 litres. L’exploitation s’étend sur 270 hectares, avec notamment des cultures de légumes industriels (petits pois, carottes et haricots pour la marque D’aucy). D’un point de vue organisationnel, ils récoltent les fourrages en autonomie avec une autochargeuse. Les moissons, les ensilages et la récolte des maïs sont confiés à une ETA. « Nous optimisons ainsi notre temps de travail », indique Ludovic Jarligant.
Pour sécuriser la production de fourrage et des légumes, une réserve d’eau de 96 000 m3 a été aménagée pour l’irrigation. « Ici, il tombe environ 750 mm de pluie par an, ce qui est peu, surtout pour des sols très séchants », précise Ludovic Jarligant.


Grâce à la récupération de la chaleur des moteurs de son unité de méthanisation, l’exploitation alimente un séchoir via une soufflerie sous dalle. « Nous séchons l’herbe au printemps et à l’automne, ce qui nous permet de disposer de protéines issues d’herbe et de luzerne toute l’année », explique Ludovic Jarligant. L’atelier lait repose ainsi à 80 % sur des ressources produites sur l’exploitation (luzerne, herbe et maïs fourrage) et à 20 % sur du soja. Les fourrages de report ainsi que l’herbe de moindre qualité sont valorisés en méthanisation.
« La méthanisation représente un atelier de diversification qui offre des perspectives pour la filière laitière. Ainsi, nous pouvons mieux maîtriser les coûts de structure », ajoute Ludovic Jarligant.

Moins d’intrants grâce au digestat
En 2012, les trois associés ont mis en service une unité de méthanisation en cogénération. Depuis 2025, elle produit une puissance électrique de 1,5 MW.
Le digesteur est principalement alimenté par des effluents d’élevage (60 % de la ration), complétés notamment par du stock de report (5 %). À l’époque de la construction, ils ont conçu eux-mêmes une partie du système en intégrant une phase d’hydrolyse qui permet de préparer la matière en amont avant son introduction dans le digesteur. Cette étape donne la possibilité de mieux maîtriser le pH du digestat.
Ce fertilisant est en grande partie épandu sur l’exploitation. Le reste est valorisé via un plan de fumure avec d’autres exploitations dans le cadre d’échanges lisier-digestat. « Nous travaillons avec un système d’épandage sans tonne, à l’aide d’un Puma 200 que nous utilisons en Cuma. Nous disposons d’un kilomètre de tuyaux tirés derrière le tracteur », explique Ludovic Jarligant. Pour limiter les coûts de transport, le digestat est transféré via le réseau d’irrigation. En revanche, lorsque les parcelles à épandre se situent au-delà d’une demi-heure de route, un caisson est utilisé pour gagner en temps, en carburant et en efficacité. « Grâce au digestat, nous réduisons nos coûts de fertilisation », indique l’agriculteur. « Nous n’achetons qu’un camion d’ammonitrate tous les trois ans, pour couvrir les besoins des parcelles au bord de la Vilaine, où les épandages d’effluents organiques ne sont pas autorisés ».

Agir et ne pas subir
Les associés se veulent acteurs de leurs activités. « Nous testons beaucoup de choses et nous avançons dans le développement de notre exploitation pour ne pas être de simples spectateurs », confie Ludovic Jarligant. « Nous apprécions aussi de concevoir du matériel qui nous correspond vraiment et attachons beaucoup d’importance à la production d’énergie sous toutes ses formes ». Chaque contrainte est transformée en atout, comme celle liée à l’obligation de créer une réserve destinée à la gestion des eaux de surfaces du méthaniseur. « Nous l’avons volontairement surdimensionnée afin de collecter également les eaux de pluie des toitures de l’ensemble des bâtiments », précisent les trois collègues. Les projets ne manquent pas. Le dernier en date : l’installation de panneaux photovoltaïques flottants sur la réserve d’eau qui s’étend sur 1,2 hectare. Un projet qui reste toutefois conditionné au coût de rachat de l’électricité et aux modalités de mises en œuvre. « Le système, tel que nous le gérons, nous satisfait », souligne Ludovic Jarligant.