Portrait
30/10/2026
LA PERFORMANCE DANS LES CHAMPS
COMME SUR LES PISTES DU DAKAR
Exploitant agricole à Arleux-en-Gohelle, dans le Pas-de-Calais, Stéphane Cousin se définit comme étant davantage « intéressé par le machinisme agricole que par la technique végétale, comme la plupart de ses confrères ». C’est en 1993 qu’il rejoint l’entreprise de travaux agricoles (ETA) fondée par ses parents, vingt ans plus tôt, avant d’en reprendre la gestion en 2010. Stéphane Cousin est un féru de machinisme, une passion qu’il cultive depuis sa jeunesse.
« Lorsque j’étais enfant, mes parents étaient attirés par l’Afrique et les rallyes dans les sables. Ils ont toujours participé et accompagné le Paris-Dakar. C’est là qu’est né mon intérêt pour la mécanique »

Une ETA spécialisée et diversifiée
La SAS Cousin Agricole met en avant des prestations de services aux agriculteurs spécialisés dans les légumes de plein champ (petits pois, haricots verts, flageolets, épinards). Elle travaille aussi avec des clients industriels, principalement belges, qui souhaitent des livraisons de légumes sur une période donnée. « Charge à nous d’identifier des producteurs, de leur proposer des contrats puis d’élaborer des plans de semis alignés sur un calendrier de récolte adapté aux capacités de transformation de l’usine », explique Stéphane Cousin.
L’ETA emploie 30 salariés à temps plein. En période de récolte des petits pois ou des haricots, sur des surfaces respectives de 4 500 et 1 500 hectares, l’effectif peut atteindre 65 personnes. « Nous disposons d’un parc de 20 machines dédiées à ces récoltes. Cette activité représente 60 % de notre chiffre d’affaires », indique l’entrepreneur.
Le reste de l’activité provient des travaux de semis (betteraves sucrières ou rouges, haricots, maïs) ainsi que des récoltes de légumes, des arrachages de betteraves et de pommes de terre, des ensilages et des moissons.

Entreprendre avant tout
En 2018, Stéphane Cousin décide d’aller plus loin et de concevoir lui même des récolteuses à petits pois. Pour se faire, il lance un appel sur les réseaux sociaux à la recherche d’un constructeur de machines. Il est alors sollicité par un jeune ingénieur issu d’un bureau d’études avec qui il s’associe. « C’est un marché de niche, mais il manquait un acteur français sur ce créneau. Le dernier en date a vendu sa société en 2013 au seul constructeur mondial. Je ne souhaitais pas investir dans ses machines, d’où la création de ma société Steco-Ma », explique-t-il.
Aujourd’hui, l’équipe compte une dizaine de personnes. « Nous avons tout à développer. Il nous est nécessaire aussi de recruter et former du personnel. Jusqu’à présent, nous travaillions sur un prototype et deux machines de pré-série. Cette année, nous lançons la production en série », confie le chef d’entreprise.
Malgré la diversité des activités qu’il dirige, Stéphane Cousin reste serein : « Il faut avant tout bien s’organiser et savoir s’appuyer sur son équipe ».

« À l’époque, notre premier investissement a été un modèle 1455. Puis, nous avons suivi les évolutions technologiques avec des CS 150, puis des CVX140 175 et enfin des Puma 165 jusqu’à l’Optum 270 ».
Vers de plus en plus de puissance
Dans son parc matériel, Stéphane Cousin détient 13 tracteurs, tous de la marque Case IH : « À l’époque, notre premier investissement a été un modèle 1455. Puis, nous avons suivi les évolutions technologiques avec des CS 150, puis des CVX 140-175 et enfin des Puma 165 jusqu’à l’Optum 270 ».
Malgré des terres faciles à travailler, l’entrepreneur a besoin de puissance notamment pour les semis, réalisés avec des combinés de 3,50 voire 4,60 mètres, ou lors des récoltes de légumes en été.
« Nous utilisons des bennes élévatrices capables de contenir 25 tonnes de petits pois, soit la capacité d’un semi-remorque complet », précise-t-il. Grâce à leur système de surélévation, ces bennes permettent de charger un camion en une fois. L’Optum dispose de la puissance nécessaire pour tracter ces lourdes charges dans les champs. Sur les chantiers de récolte de betteraves, une forte puissance de traction est également indispensable pour acheminer les bennes du champ au dépôt.
Chaque tracteur est renouvelé tous les trois ans, soit après 4 000 à 4 500 heures de travail, à raison de 1 000 à 1 800 heures par an. « J’investis uniquement dans du matériel neuf, toujours doté de GPS RTK, indique Stéphane Cousin. Je l’équipe également d’un système de télégonflage parce que nous avons parfois de longues distances à parcourir, jusqu’à 150 km, pour nous rendre chez un client. Le télégonflage permet aussi d’éviter des impacts agronomiques qui pourraient pénaliser la croissance des légumes ».
Du champ au Dakar
Il y a une dizaine d’années, Stéphane Cousin assiste avec ses deux frères à l’arrivée de l’Africa Eco Race alors qu’ils sont en vacances. Cette expérience leur a donné l’envie de participer à ce rallye, ce qu’ils concrétisent deux ans de suite à bord d’un SSV. Petite anecdote : lors de la dernière étape, la boîte de vitesse a lâché, les contraignant à terminer… en marche arrière.
Par la suite, avec son frère François, il vise plus haut en s’engageant sur le Dakar en Arabie Saoudite. Sur leurs quatre participations, ils sont classés à trois reprises. Lors de la dernière édition, c’est à bord d’un Optimus, un bug gy deux roues motrices de 500 chevaux, qu’ils concourent dans la catégorie Ultimate, aux côtés de pilotes réputés tels que Sébastien Loeb. « Notre véhicule est plus léger que le sien et sans doute moins performant, mais il correspond bien à notre façon d’appréhender un rallye », convient Stéphane Cousin. À l’issue de cette édition, l’équipe dé croche la 37e place pour sa plus grande satisfaction. Pour tenir physiquement, les deux frères sont soutenus par trois équipiers, dont leur ancien chef d’atelier aujourd’hui retraité. Pour eux, s’entourer de mécaniciens est une nécessité pour parcourir quotidiennement les 700 à 800 kilomètres de chemins et de pistes.



Ce qu’ils apprécient particulièrement, c’est la solidarité entre concurrents en cas de panne. « Chez nous, face aux difficultés, beaucoup ont tendance à baisser les bras. Sur les pistes, en revanche, tout le monde s’entraide », constate Stéphane Cousin.
Pour les frères Cousin, le rallye représente une occasion de se déconnecter du quotidien, le téléphone rangé dans le fond du sac. C’est une période idéale pour revenir l’esprit reposé, les machines étant à l’arrêt et les salariés en congé.
Physiquement, toutefois, c’est plus éprouvant. En raison de leurs activités professionnelles, les deux frères disposent de peu de temps pour s’entraîner avant le départ. Cela ne les empêche pas pour autant d’être performants.
« Ce rallye, c’est un peu comme le début d’une campagne de récolte. Il y a des aléas avec de la casse de matériel. Pour qu’il soit rapidement opérationnel, il faut réparer vite, parfois de nuit. Finalement, cette expérience ressemble beaucoup à ce que l’on vit toute l’année : c’est un défi de tous les jours », conclut Stéphane Cousin.