Portrait
19/01/2026
La rage de vivre au-delà du handicap
Vincent Bertrand est un battant, la preuve vivante que tout est possible. Électrisé en 2009 puis amputé des deux jambes, cet Ardennais est animé d’une détermination sans faille. Il continue d’exercer son métier d’agriculteur, est activement impliqué dans de nombreuses instances et pratique le sport avec passion.

Vincent, racontez-nous l’accident qui vous est arrivé…
Le 20 mai 2009, j’étais avec mon collègue Pierre. Nous ensilions de l’herbe dans une parcelle en dévers. Il conduisait une benne, et moi l’ensileuse dont le bras s’est soudain figé sur la ligne électrique de 20000 volts. Sur l’instant, je croyais avoir heurté quelque chose au sol. Alors, j’ai commis la grave erreur de descendre de la machine. Je suis tombé, électrisé. Pierre est venu à ma rencontre pour m’aider, mais il a subi le même sort. Nous étions deux victimes. Nos corps étaient brûlés entre 35 et 40 %, au deuxième et troisième degré. Il a été transféré à Charleroi où il est décédé un mois plus tard. Quant à moi, j’ai été transporté à Metz. On m’a amputé de la jambe droite, puis de la gauche, un mois plus tard.
Comment avez-vous réussi à surmonter l’épreuve ?
Malgré les complications, je suis resté combatif. Mon âme de sportif m’a aidé à dompter mes prothèses et à réapprendre à marcher. J’ai relevé les défis, en serrant les dents. J’ai lutté contre la douleur et apprivoisé mon nouveau corps. J’ai vécu un combat psychologique, physique et social. J’ai découvert le monde du handicap avec toutes les contraintes quotidiennes que cela implique. Heureusement, j’ai été bien entouré par ma famille et mes amis. Mes enfants, alors âgés de trois, cinq et sept ans, m’ont boosté.
Quelle organisation autour de l’élevage…
Au moment de l’accident, mon salarié s’est retrouvé seule J’ai alors fait appel au service de remplacement pour le suppléer. Mes parents, mon frère, toute la famille et même le voisinage se sont mobilisés. Ils ont dû s’adapter au robot de traite que j’avais installé récemment pour traire mes 70 vaches laitières et produire mes 500 000 litres de quotas. Tout s’est également organisé autour d’une belle solidarité paysanne : ensilage d’herbe, moisson, paille, foin, etc. J’ai aussi dû me familiariser avec tout un parcours administratif : la MDPH, l’accompagnement par un conseiller social et la MSA, les aides comme la RQTH et l’AGEFIPH, etc.
À suivre : comment Vincent a réinventé son métier d’agriculteur.